Sylvain Lelièvre, le poète sans tambour ni trompette
Né en 1943, Sylvain Lelièvre a grandi dans le quartier Limoilou de la Basse-Ville de Québec. Il s'intéresse à la musique dès l'âge de 13 ans. Enfant, il était fasciné par les arts plastiques et c'est d'abord vers l'architecture qu'il se destine après ses études classiques à l’Externat classique Saint-Jean-Eudes où j’ai eu le privilège de le rencontrer dans la troupe de théâtre au moment où j’entrais en septembre 1959 et que Sylvain terminait ses études en 1961.
Très rapidement, il abandonne l’architecture et bifurque vers les lettres à l'Université Laval, en 1963. À 20 ans, il remporte le premier prix du Concours international « Chansons sur mesure » de la Communauté radiophonique des programmes de langue française pour sa chanson « Les amours anciennes ».
Entre 1969 et 1973, il publie deux recueils de poésie, un livre de paroles de chansons et un premier album tout en continuant d'écrire des textes de théâtre et de poésie pour la radio. Le deuxième opus, « Petit matin », paru en1975, se hisse vite aux palmarès des radios du Québec. Suivent « Marie-Hélène », « Lettre de Toronto », « Le chanteur indigène » et « Moman est là ». Au fil des tournées, Sylvain a aussi transporté ses refrains de Toronto à Vancouver en passant par Winnipeg et dans de nombreux festivals de Bourges, Saint-Malo, Nancy en France et Asilah au Maroc.
Après l'obtention d'un Félix à titre d'auteur-compositeur en 1994, il écrit son premier roman, « Le troisième orchestre », en 1996. Il revient en 1998 avec « Les choses inutiles ». Il prend alors un tournant jazz en participant au Festival international de jazz de Montréal en 2000. Son dernier spectacle en carrière s'intitule « Versant jazz ». Il produit l'album du même nom « Versant jazz Live » au Lion d'Or, en 2002.
Enfin, c’est avec stupéfaction que le Québec apprend le décès fulgurant de Sylvain Lelièvre des suites d’une embolie gazeuse cérébrale le 30 avril 2002. Quoiqu’il n’ait jamais fait preuve du faste du vedettariat populaire, l’œuvre de Sylvain Lelièvre, sans tambour ni trompette, a franchi la barrière des ans avec la douceur de sa voix.
En terminant, j’aimerais vous présenter les paroles d’une chanson peu connue de Sylvain Lelièvre mais qui démontre un côté sarcastique de sa personne qui frappe dans le cœur de la soumission légendaire des Québécois tout en les invitant à en finir « une fois pour toutes. »
Finissons-en une fois pour toutes
Une fois pour toutes finissons-en
Pensons-y donc une fois pour toutes
Une fois pour toutes pensons-y donc
Tout s'rait si simple si dans vingt ans
On dev'nait tous discrètement
Des Américains à plein temps
Tout l'monde s'rait tell'ment soulagé
Si on r'dev'nait les protégés
De Sun Life et de Cadbury
On pourra garder la Saint-Jean
Notre folklore et nos beaux chants
«Gens du pays» et «V'là le bon vent»
Et si tout s'passe comme ils le veulent
Ils vont nous laisser faire tout seuls
La feuille d'érable pour linceul
Si ma chanson vous laisse des doutes
Une fois pour toutes pensez-y donc
quebechebdo 8 août 2013
Henri Marineau

