L’école dans tous ses états
L’école québécoise est malade, elle souffre du mal d’amour. Embourbé dans un déficit titanesque, le gouvernement n’a de cesse de réduire ses dépenses, y compris en éducation, les enseignants qualifiés et le personnel spécialisé manquent de plus en plus à l’appel, le phénomène de la violence chez les jeunes prend des dimensions épidémiques, et la prolifération des élèves à besoins particuliers atteint des proportions sans précédent.
Il est bien loin le temps où l’enseignant bénéficiait d’un statut honorable dans la société, une société qui, aujourd’hui, à perdu ses repères. De lieu du savoir, l’école s’est peu à peu changée en milieu de vie reflétant la complexité d’une société en perpétuelle transformation. Les familles éclatées ont explosé si bien que le personnel scolaire a été appelé à pallier l’abandon des parents eu égard à la transmission des valeurs qui leur incombe. De facto, les enseignants sont débordés, la profession a perdu ses lettres de noblesse et son attractivité.
Impossible d’aborder l’école d’aujourd’hui sans s’attarder au phénomène croissant de la violence fomentée en grande partie par la ruée des jeunes sur les médias sociaux, une violence exacerbée par la montée du masculinisme et, en corollaire, de la misogynie. Rien pour pallier les problèmes croissants d’élèves à besoins particuliers souvent laissés à eux-mêmes faute de personnel spécialisé.
Le vouvoiement et l’interdiction du cellulaire à l’école représentent certes des moyens de favoriser un climat plus propice à l’apprentissage.Toutefois il va falloir que le ministère de l’Éducation donne un solide coup de barre, notamment par un financement tenant compte des complexités de la vie dite « moderne » pour remettre l’école sur la voie de sa vocation première à savoir la communication des connaissances à des apprenants. Et pour y parvenir, la collaboration des parents en amont est fondamentale. Le personnel scolaire ne peut pallier sans coup férir la démission des parents à l’égard de l’éducation de leurs enfants.
Le respect de l’autre et du bien d’autrui doivent faire partie intrinsèque de l’ADN de l’école. L’école d’aujourd’hui a besoin d’amour dans une société où le sens de l’effort a été éclipsé par le mirage de la réussite sans effort. Notre jeunesse, derrière cette façade rébarbative à toute forme d’autorité, nous en sera reconnaissante lorsqu’elle atteindra l’âge adulte.
vigile.quebec tribune libre 9 mars 2026
Henri Marineau

